Réunion


La photographie sera une trace définitive d’une émotion ayant eu lieu entre un sujet et un objet, attestant qu’un lien a bel et bien existé.

Pourtant cette trace, dans le cas de la mémoire familiale, s’opacifie peu à peu et la transmission orale s’étiole après quelques générations : je ne connais que certains détails des ancêtres dont les photographies ornent les murs de la mai- son. Pourtant, ils sont morts il y a moins d’un siècle.

Utilisée pour rendre compte du réel, la photographie familiale reflète pourtant une réalité déformée, influencée par la place du photographe dans la famille, sa relation avec son entourage, la façon dont il perçoit les membres de sa famille, la pose des modèles, le cadrage, le choix du moment... Certains membres de la famille apparaissent plus que d’autres : c’est le cas des enfants, qui sont au- jourd’hui les protagonistes principaux des albums de famille, tendance qui commençait déjà avec les Hidden Mothers, photographies de studio du XIXe siècle dans lesquelles les mères se cachaient sous un drap, pour que seul l’enfant apparaisse.

Le rapport entre réalité et fiction est tout à fait présent dans la construction de la mémoire. Selon des travaux de Paul Antze, la mémoire ne serait pas qu’une reconstruction, mais une construction imaginaire.

Dans ma proposition, cette idée prend tout son sens puisque je propose ici ma propre interprétation de la famille.

The photograph will be a definitive trace of an emotion that took place between a subject and an object, attesting that a link did indeed exist.

However, in the case of family memory, this trace becomes opaque little by little and oral transmission fades after a few generations: I only know certain details of the ancestors whose photographs adorn the walls of the house. Yet they died less than a century ago.
               
Used to capture reality, family photography nevertheless reflects a distorted reality, influenced by the photographer's place in the family, his relationship with his entourage, the way he perceives the members of his family, the posing of the models, the framing, the choice of moment... Some family members appear more than others: children, for example, are now the main protagonists of family albums, a trend that began with the Hidden Mothers, 19th-century studio photographs in which mothers hid under a sheet, so that only the child appeared.
                   
The relationship between reality and fiction is very much present in the construction of memory. According to the work of Paul Antze, memory is not just a reconstruction, but an imaginary construction.
                   
In my proposal, this idea takes on its full meaning as I offer my own interpretation of the family.






Lien vers l’article de Gemma Padley pour British Journal of Photography - novembre 2013